Radiographie dentaire numérisée : un examen d’imagerie à optimiser

Beaucoup de cabinets dentaires sont équipés d’appareils de tomographie volumique à faisceau conique (Cone Beam Computed Tomography, ou CBCT en anglais). De quoi obtenir des images en 3D complémentaires et de meilleure qualité que celles que fournissent les examens radiographiques jusqu’alors pratiqués par les chirurgiens-dentistes. Les références de dose délivrées aux patients, ou niveaux de référence diagnostiques (NRD), proposés par l’IRSN permettront aux médecins d’améliorer leurs actes.

Pour limiter les doses de rayons X délivrées aux patients lors d'une tomographie volumique à faisceau conique, il est conseillé de privilégier un petit champ d’acquisition (ici 6 x 6 cm) et une résolution adaptée (75 µm à gauche, 300 µm à droite). - © Carestream Dental

TÉMOIGNAGE – Philippe Rocher : « À utiliser à bon escient »

Philippe Rocher, chirurgien-dentiste et président de la commission des dispositifs médicaux de l’Association dentaire française (ADF). - © Collection privée

« L’intérêt croissant, depuis une dizaine d’années, des chirurgiens-dentistes pour la tomographie volumique à faisceau conique est lié à la qualité des images obtenues avec ces équipements radiologiques de pointe installés dans leur cabinet. Celles-ci sont en trois dimensions, comme les scanners réalisés en centre radiologique, mais de meilleure résolution (jusqu’à moins de 0,1 mm). Toujours comparées à celles des scanners, elles sont obtenues avec un niveau plus bas de dose de rayons X délivrés aux patients, même si celui-ci est parfois bien plus élevé que pour les panoramiques dentaires et les radios intrabuccales classiques.

De nouveaux réflexes à acquérir
Encore faut-il utiliser ces appareils à bon escient, autrement dit pour les bonnes indications et dans les bonnes conditions.
La tomographie volumique ne doit jamais être utilisée en première intention ou pour le bilan dentaire d’un nouveau patient par exemple. Le recours aux images 3D doit être justifié par un besoin d’informations que ne produisent pas les radios classiques intrabuccales ou panoramiques, en deux dimensions.
À la différence des équipements radiologiques habituels, dont les possibilités de réglage sont très limitées, la tomographie volumique à faisceau conique nécessite une certaine maîtrise. Deux principaux réglages sont à réaliser, dont dépendent les doses délivrées au patient : la taille du champ d’acquisition des données – en fonction du volume à explorer et de la résolution – selon la finesse des détails recherchés. »

 

 


INFOGRAPHIE – Radiographie dentaire numérisée : comment maîtriser les doses délivrées aux patients ?

La tomographie volumique à faisceau conique (CBCT) est un examen radiologique dentaire courant. Mais pas toujours utilisé selon les bonnes pratiques. Deux paramètres peuvent faire varier d’un facteur 1 à 6 la dose de rayonnements délivrée au patient : la taille du champ (le volume d’acquisition de données) et la résolution (la finesse des détails observables). Les praticiens doivent les adapter selon les besoins de l’intervention.


© T. Cayatte/Agence Ody.C/Médiathèque IRSN/Magazine Repères

Situer sa pratique par rapport aux NRD

Tous les trois ans, à partir d’une collecte de données à l’échelle nationale, l’IRSN établit un bilan des doses délivrées par acte d’imagerie radiologique et propose à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) des valeurs de niveaux de référence diagnostiques (NRD). Ces niveaux permettent aux chirurgiens-dentistes de situer leurs pratiques et, in fine, de diminuer les doses délivrées aux patients. Pour la première fois cette année, l’IRSN propose des valeurs pour le CBCT dentaire.

Sources :
https://www.irsn.fr/sites/default/files/2023-02/Avis-IRSN-2023-00006.pdf
https://www.irsn.fr/rapport-dexpertise/revision-decision-asn-sur-niveaux-reference-diagnostiques-nrd-imagerie-medicale
Bilan 2019-2021 des niveaux de référence diagnostiques : Bilan 2019-2021

À déclarer

L’ensemble des activités de radiologie dentaire, y compris la tomographie volumique à faisceau conique, est soumis à déclaration auprès de l’ASN. Ce régime est commun aux activités nucléaires dont les enjeux en matière de radioprotection sont modérés, voire faibles. Les deux autres régimes s’appliquant aux activités nucléaires sont l’enregistrement et l’autorisation selon le niveau d’enjeu en termes de rayonnements ionisants. La déclaration se fait en ligne (https://teleservices.asn.fr) ou à défaut par courrier.

Décision n° 2021-DC-0704 de l’ASN du 4 février 2021

Quels professionnels ?

Aujourd’hui, seuls les médecins, les chirurgiens-dentistes et les manipulateurs d’électroradiologie médicale intervenant sous leur responsabilité sont habilités à réaliser les actes de radiographie médicale (article R. 1333-68 du Code de la santé publique). Les futur(e)s assistant(e)s dentaires de niveau 2 pourront réaliser des examens radiologiques en cabinet dentaire à l’exception des CBCT.

Décision n° 2020-DC-0694 de l’ASN du 8 octobre 2020

Pour en savoir plus : un congrès fin 2023

Du 28 novembre au 2 décembre 2023, le congrès de l’Association dentaire de France (ADF) se tiendra au palais des Congrès de Paris. Il s’adresse à tous les professionnels de la santé buccodentaire. Le CBCT y sera abordé cette année.

Unité d’expertise en radioprotection médicale (UEM)
rpmed@irsn.fr


AVIS D’EXPERT - Julie Sage : "Premières doses de référence"

Julie Sage, physicienne médicale et experte en radioprotection - © Laurent Vaulont/Médiathèque IRSN

« À la demande de l’Autorité de sûreté nucléaire, nous avons mené une enquête nationale auprès des cabinets dentaires et centres d’imagerie médicale pour proposer les premiers niveaux de référence diagnostiques (NRD) pour les examens de CBCT dentaire. Les professionnels de santé concernés pourront comparer les doses délivrées aux patients à ces valeurs de référence dans une optique d’optimisation des expositions. La collecte de données a été faite sur la base du volontariat. Nous avons pu exploiter les retours d’environ 150 établissements (à 90 % des cabinets dentaires), ce qui est peu par rapport aux 2 700 appareils installés en France, mais suffisant pour faire une analyse statistique. Compte tenu des données reçues, nous proposons des NRD pour trois indications chez l’adulte : l’implantologie, les dents incluses et l’endodontie. Cette enquête a révélé que les chirurgiens-dentistes ne maîtrisent pas toujours les fonctionnalités de leurs appareils, dont les notices et les affichages sont parfois peu clairs. Lors de la mise en place des NRD, un accompagnement des professionnels sera nécessaire, avec des formations proposées par des associations professionnelles ou encore par l’amélioration des notices à la charge des constructeurs ».

CONTACT
Julie Sage
julie.sage@irsn.fr


Article publié en novembre 2023